07232018Headline:

“Mon mari m’avait épousée pour avoir un titre de séjour ”

C’est après son mariage que Malika a découvert que l’homme qu’elle aimait ne voulait que des papiers… Elle a réussi à prouver l’imposture et à faire annuler son mariage.

Malika était convaincue d’avoir trouvé l’âme sœur. Elle est en réalité tombée dans un piège. “Une duperie aux sentiments qui a brisé à jamais mon cœur et ma confiance dans les hommes”, regrette la célibataire de 48 ans. Aujourd’hui, Malika témoigne pour alerter des dangers du mariage gris. Il lui aura fallu huit ans pour réussir à parler publiquement de cette trahison. “J’ai mis des années à me reconstruire, reconnaît-elle. J’ai fait le deuil du mariage. J’avoue aller à contrecœur aux mariages des autres. Ça reste une épreuve pour moi, ça me rappelle trop de mauvais souvenirs. Je ne me remarierai plus. Pour moi, c’est fini, je ne fais plus confiance aux hommes. Face à eux, je suis un bloc de béton.”

Comptable de profession, Malika a 36 ans lorsqu’elle le rencontre. Tous les matins, elle passe devant un chantier de Marseille où le jeune homme est ouvrier. « Cet homme m’a fait une cour assidue. D’abord des sourires et des bonjours polis, puis il m’a abordée pour faire connaissance. J’ai aimé son culot. »

Au fil des rendez-vous, la Française tombe sous le charme du jeune Algérien de huit ans son cadet. “Il était beau, attentionné, galant et tendre. Je n’avais jamais été autant séduite par un homme”, confie Malika. Ferhat ne cache pas qu’il est en situation irrégulière. “J’étais tombée amoureuse de l’homme et non d’un statut civil.” Après plusieurs mois d’une relation idyllique, Ferhat la demande en mariage. Malika accepte, persuadée d’avoir enfin trouvé l’homme de sa vie.

“A 36 ans, je voulais des enfants. J’étais la petite dernière de la fratrie et toute ma famille y a cru. Sauf mon père. Il me répétait de prendre mon temps, de faire le mariage religieux, de vivre ensemble avant de passer à la mairie. Mais je croyais au prince charmant.” Le couple se marie civilement en décembre 2005 et s’offre un mariage religieux fastueux quatre mois plus tard. Malika est sur un petit nuage. Le bonheur sera de courte durée.

Un an plus tard, son fiancé change subitement d’attitude. “Lorsqu’il a reçu son titre de séjour, valable dix ans, le masque est tombé. Je me suis retrouvée face à un inconnu.” Son mari découche, la dénigre et se montre agressif. “Il m’a annoncé qu’il me quittait, car il ne me supportait plus.” L’épouse éplorée est alors convoquée au commissariat. Elle découvre ébahie que son époux porte plainte contre elle pour coups et blessures, dossier médical à l’appui.

“Je me suis alors souvenue de ce soir où il était rentré du travail couvert de bleus. Il m’avait dit qu’il avait fait une mauvaise chute et je l’avais cru.” Retors, Ferhat demande le divorce et met toutes les chances de son côté. Selon l’article L 314-5-1 du Ceseda (Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile), l’étranger qui demande la rupture de la vie commune ne peut se voir retirer sa carte de résident s’il a subi des violences conjugales. La plainte est classée, mais Malika riposte.

“Pour retrouver mon honneur, j’ai refusé de divorcer et j’ai demandé l’annulation de mon mariage pour défaut d’intention matrimoniale. Ce mariage n’avait aucune valeur, je voulais qu’il soit effacé de ma vie.” La bataille judiciaire est longue. “Très répandu, le mariage gris est difficile à prouver, explique maître Isabelle Terrin, l’avocate de Malika. Il faut démontrer l’absence de sentiment le jour du mariage.

Ici, les témoignages montrant la duplicité du mari ont compté. La cour d’appel d’Aix-en-Provence s’est référée aux photos du mariage religieux, qui montraient “une épouse manifestement amoureuse de son mari, et ce dernier, plus réservé, souriant à peine et ne regardant pas son épouse, même [quand] le couple est seul”. Depuis 2011, contracter un mariage pour obtenir un titre de séjour est puni de cinq ans de prison et de 15 000 € d’amende.” Et après trois ans de procédure, en 2010, Malika a gagné. “Cette décision de justice a été une délivrance. Ce mariage n’a officiellement jamais existé. J’ai retrouvé mon honneur.”

 

 

afrikmag

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