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Côte d’Ivoire: la guerre politique engagée entre, RHDP et l’opposition

Après sa brillante prestation lors du neuvième congrès du PDCI-RDA à Yamoussoukro du 1er au 5 octobre 1990, sa nomination au poste de président du comité interministériel (d’avril à novembre 1990) alors qu’il n’était pas membre du gouvernement et Premier Ministre depuis le 7 novembre de la même année, Alassane Ouattara étrenne désormais ses habits neufs de N°2 du PDCI-RDA au grand dam des dinosaures du plus vieux parti de Côte d’Ivoire. Mais sur son chemin outre les caciques du PDCI-RDA, Ouattara fera face à son rival naturel, Henri Konan Bédié, devenu président de l’assemblée nationale. Ajouté à la fronde de l’opposition et devant le mutisme d’un Houphouët mourant, Ouattara brandit sa démission qui n’aboutira pas jusqu’au décès du « vieux » le 7 décembre 1993.

Alassane Ouattara N°2 du PDCI-RDA

« Pour les assises des 12, 13 et 14 avril 1991, Alassane Ouattara était officiellement le N°2 du PDCI-RDA par la seule volonté du président Félix Houphouët-Boigny. Sur la liste des quatre cents personnalités du parti, il figurait au deuxième rang dans le comité central et du bureau politique. Il était en tête avant Germain Coffi Gadeau, Mathieu Ekra et Philippe Yacé. Pour les anciens la pilule était amère. Il m’est apparu dès ce moment que le président venait de dresser ses anciens compagnons contre son Premier ministre (…) Mais les couleuvres avalées et digérées, l’action du gouvernement fut soutenue par la direction du parti jusqu’en octobre 1992. Date à laquelle, répondant à la question lors d’une conférence de presse sur son avenir politique, Alassane Ouattara a répondu qu’il n’y avait pas encore réfléchi. Il n’en fallait pas plus pour déclencher les hostilités » in Camille Alliali, Disciple d’Houphouët-Boigny, Abidjan, Juris-Editions, 2008.

Le baptême du feu politique

« Mais l’élève de Félix Houphouët-Boigny va subir son baptême du feu lorsqu’il est confronté le 18 février 1992, au mouvement quasi insurrectionnel, le fameux mardi noir, déclenché par Laurent Gbagbo et le FPI soutenus par la fédération estudiantine et scolaire de Côte d’ivoire (FESCI), leur bras armé » écrit Moriba Magassouba, à la page 86 de son livre « Alassane Ouattara, la passion du devoir ».

En effet, suite à une manifestation des étudiants, le général Guei Robert des forces armées de Côte d’ivoire (Fanci) fit une descente musclée sur la cité universitaire de Yopougon dans la nuit du 17 au 18 mai 1991 avec pour conséquence, viols, vols et destruction de biens. Le 2 janvier 1992, le Premier Ministre met en place une commission d’enquête indépendante conduite par le magistrat Camille Hoguié. Celle-ci établit la responsabilité directe et entière de Robert Guei et ses hommes. Mais le président Houphouët refuse de les sanctionner, prétextant qu’il ne souhaite pas retourner son propre couteau contre lui-même.

Pour réclamer justice et surtout la libération du premier secrétaire général de la Fesci, Martial Ahipaud, la ligue ivoirienne des droits de l’homme (Lidho), le FPI de Gbagbo et plusieurs organisations de la société civile décident de marcher sur le quartier d’affaire du Plateau le 18 février 1992. Une marche dite pacifique qui va dégénérer et semer la désolation non sans ternir l’image du pays à l’extérieur.

« En l’absence du vieux qui séjournait depuis plusieurs mois en France, le Premier ministre Ouattara a eu à gérer presque seul l’affaire du 18 février » note l’auteur à la page 89 au chapitre 5 du livre intitulé « le baptême du feu politique ».

Après avoir instauré la loi anticasseurs peu après l’assassinat en plein campus, en mai 1990, de l’étudiant Thierry Zébié par les fescistes, Alassane Ouattara décide d’envoyer Gbagbo et ses compagnons en prison, mais pour un court temps avec un traitement humain après les évènements du 18 février. Il dissout la Fesci.

« Mais ce fut avec quelque regret, car Ouattara lui-même avouera, quelques années plus tard, que cette décision avait fait le jeu de l’aile conservatrice du PDCI-RDA » écrit l’auteur.

Face à une opposition hostile et à un manque de soutien de la part du parti, Alassane Ouattara menace de démissionner de son poste de Premier ministre pour retourner à son poste de gouverneur de la Bceao dont l’intérim était jusque-là assuré par Charles Konan Banny. Le 9 décembre 1992, il remet effectivement sa lettre de démission au « vieux » qui ne l’accepte pas de suite.

Bédié-Ouattara : la première guerre des héritiers.

Bédié était le président de l’assemblée nationale. Toutefois, celui-ci n’acceptait pas que le Premier ministre Ouattara soit brandi comme le N°2 du parti, donc le dauphin constitutionnel du vieux très malade.

Finalement Houphouët va faire déchanter les détracteurs du Premier ministre.

« Le vieux dont les problèmes de santé commencent à alimenter la rumeur, réunit le bureau politique du parti à la maison du parti à Treichville. Pour les adversaires de Ouattara, c’est bien le jour de son limogeage. Mais Garrincha comme le surnomme Laurent Gbagbo, va dribbler tout le monde. Mieux Houphouët arrive dans le même véhicule que Ouattara à Treichville à la surprise générale. Devant une salle comble, le vieux déclare : Lui, c’est moi et moi, c’est lui ! En désignant ostensiblement son Premier ministre sous les applaudissements. Le chef de l’Etat venait là de réaffirmer de la façon la plus ferme, aux députés frondeurs la séparation des pouvoirs et indiquer que le parlement ne pouvait en aucune façon faire démissionner son Premier ministre » relate l’auteur.

Le président Houphouët-Boigny quitte le pays le 4 mai 1993 pour la France où il subira une intervention chirurgicale qui ne pourra malheureusement pas enrayer le cancer de la prostate qui devait l’emporter un 7 décembre 1993 tôt le matin.

Afrikipresse.fr

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