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Les espèces exotiques envahissantes, une menace majeure pour la biodiversité

Elles accaparent les ressources, dévorent les espèces locales et représentent parfois même une menace directe pour l’homme… La rapide prolifération des espèces exotiques envahissantes inquiètent les experts de la biodiversité, qui l’ont érigée parmi les sujets prioritaires, lors de la conférence des Nations unies sur la biodiversité (COP15), organisée à Montréal jusqu’au 19 décembre.

Cette menace figure parmi les cinq causes majeures de l’érosion de la biodiversité, avec l’exploitation humaine des terres et des mers, la surexploitation des ressources biologiques, le changement climatique et la pollution.

Si les territoires insulaires, qui concentrent 20 % de la biodiversité mondiale, sont particulièrement menacés, les espèces exotiques envahissantes représentent un problème bien plus large. En Europe, leur nombre a augmenté d’au moins 76 % au cours des 35 dernières années.

Menace grandissante
Les espèces exotiques envahissantes rassemblent les espèces et sous-espèces introduites par l’homme hors de leur espace naturel et qui menacent l’écosystème.

Certaines d’entre elles accaparent une part trop importante des ressources naturelles au détriment des espèces locales, et se reproduisent ou se multiplient trop rapidement pour le milieu en question. Parfois, elles consomment directement les espèces environnantes et menacent leur existence.

“C’est une catégorie d’espèces très large qui pose une multitude de problèmes” explique Marilou Mottet, membre de l’Observatoire des espèces à enjeux sur la santé à Fredon France. “Elle inclut la renouée asiatique, une plante aux grosses racines qui grandit très vite et pose des problèmes de visibilité aux abords des routes, ou bien encore le ragondin, importé d’Amérique du Sud, qui transporte des maladies dangereuses pour l’homme, prend la place de certaines espèces et cause des dégâts sur les infrastructures”.

Selon les experts, la propagation de ces espèces est due à la progression des échanges commerciaux à travers le monde, ainsi qu’au réchauffement climatique qui, en accentuant les épisodes météorologiques extrêmes, favorise les migrations d’espèces.

Importées par l’homme
Ces espèces peuvent être introduites de manière volontaire, pour l’agriculture, l’élevage ou encore la chasse, ou bien involontaire, par exemple lors des chantiers de construction qui peuvent déstabiliser le milieu naturel et favoriser leur implantation. Parfois elles sont transportées par inadvertance dans des colis, comme le frelon asiatique, arrivé en France dans une poterie chinoise au début des années 2000, avant de provoquer une invasion dans la moitié Ouest du pays.

Depuis plusieurs années, les pouvoirs publics s’inquiètent de la rapide progression de ces espèces à travers le monde. Car ce problème environnemental représente également un coût économique important, notamment dans le domaine de l’agriculture, et parfois une menace directe pour l’homme, provoquant des allergies, des brûlures ou des vapeurs toxiques.

Le sujet est pris très au sérieux en France. Le pays figure parmi les plus touchés d’Europe, selon le ministère de la transition écologique, “du fait de sa diversité de climats et de milieux, et de sa position de carrefour entre l’est et le sud de l’Europe”.

En mars 2022, la France a lancé un plan national d’action pour prévenir l’introduction et la propagation des espèces exotiques envahissantes sur le territoire. Celui-ci s’appuie sur une stratégie globale, mise en place en 2017, pour lutter contre cette menace.

“Ces dernières années, il y a eu une réelle prise de conscience sur cette question”, salue Madeleine Freudenreich, chargée de mission au Centre de ressources des espèces exotiques envahissantes. “Depuis son introduction en 2014, la liste européenne des espèces exotiques envahissantes réglementées est passée de 48 à 88. La prévention est un facteur clé car, une fois implantées, la lutte contre ces espèces est compliquée et coûte très cher. C’est le cas avec le frelon asiatique par exemple. Nous connaissons aujourd’hui son processus de colonisation et son cycle de vie mais nous n’avons toujours pas trouvé de méthode pour le combattre efficacement, sans affecter d’autres espèces”.

Si les experts s’accordent sur l’importance de la prévention, il n’est pas toujours facile de détecter les espèces à risque. “Seule une petite minorité des espèces exotiques importées deviennent envahissantes, il s’agit d’une sur 1 000 environ”, rappelle Marilou Mottet. ‘Pour les détecter en amont, il est important de les observer d’abord dans leur habitat naturel pour voir comment elles se comportent. Mais certaines ne prolifèrent qu’une fois sorties de leur milieu car elles ne sont plus exposées aux prédateurs qui régulaient leur population. Malgré les progrès de la recherche, la surveillance des espèces potentiellement envahissantes demeure une tâche très complexe”.

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