12092021Headline:

L’intelligence artificielle: pourquoi nous sommes tous concernés

À Wathi, on ne s’intéresse pas seulement aux questions politiques, sanitaires ou économiques, mais aussi aux technologies et notamment au domaine de l’intelligence artificielle. Le think tank Wathi a mis en ligne un dossier sur ce thème.

Gilles Yabi : Nous avons mis en ligne un dossier sur l’intelligence artificielle dans la rubrique ‘Initiatives’ de notre site, avec l’objectif principal de partager des connaissances de base sur les enjeux de ce domaine de recherche qui ouvre de vastes perspectives dans de très nombreux champs.

On pourrait penser que dans notre partie du monde où l’accès à des besoins essentiels reste difficile pour de larges parties des populations, s’intéresser à l’intelligence artificielle et à ses applications existantes et à venir ne soit pas utile et pertinent. Dès lors qu’on comprend un tout petit peu de quoi il s’agit, on ne doute plus un instant de la nécessité d’attirer l’attention des populations africaines sur ce sujet. Je dis bien un tout petit peu, parce que c’est ce qui décrit mon propre degré de connaissance, fort limitée, dans le domaine.

De quoi parle-t-on lorsqu’on évoque l’intelligence artificielle ?
D’abord, il faut signaler que certains spécialistes trouvent le terme, dans sa version française, inapproprié et porteur de malentendus. Il ne s’agit pas à proprement parler d’intelligence artificielle mais plutôt de création, par l’intelligence humaine, de programmes informatiques qui vont permettre à des machines de réaliser des tâches de plus en plus complexes à travers un processus d’apprentissage exploitant d’énormes quantités de données.

Si je me réfère à un des nombreux documents que nous avons sélectionné et présenté sur la page dédiée à ce dossier, l’IA est un programme multidisciplinaire dont l’ambition initiale était d’imiter les processus cognitifs de l’être humain. La recherche s’est ensuite orientée vers la conception d’automates qui pourraient résoudre certains problèmes bien mieux que les humains. L’IA est au carrefour de plusieurs disciplines : l’informatique, les mathématiques, les sciences cognitives, sans oublier les connaissances spécialisées des domaines auxquelles on souhaite l’appliquer.

L’horizon à atteindre concerne potentiellement l’ensemble des champs de l’activité humaine et c’est précisément pour cela que nous ne pouvons pas ignorer les bouleversements, qu’ils soient positifs ou négatifs, qu’elle peut engendrer dans nos vies, en Afrique comme partout ailleurs.

Vous estimez qu’il faut regarder ce que les grandes puissances du monde font dans ce domaine, l’ampleur des ressources qu’elles y investissent pour comprendre que les enjeux sont cruciaux…
Tout à fait. Un document d’un think tank français, la Fondation pour l’innovation politique, publié en 2018, rend compte de l’ambition chinoise dans le domaine de l’intelligence artificielle en partie en réaction aux efforts engagés par les États-Unis. En mai 2016, la Maison-Blanche a créé un sous-comité dédié à l’IA au sein du National Science and Technology Council (Conseil national pour la science et la technologie), pour suivre les évolutions du secteur et de coordonner les activités fédérales dans ce domaine. Sous la présidence de Barack Obama, le gouvernement fédéral a publié trois rapports en trois mois sur l’intelligence artificielle, dont un plan stratégique national de recherche et de développement de l’IA.

La Chine n’a pas tardé à réagir. En juillet 2017, le Conseil des affaires d’État chinois publiait son « Plan de développement de la prochaine génération d’intelligence artificielle pour la période de 2016 à 2030 ». Dans ce document, la Chine se fixe l’objectif de devenir le leader mondial dans le domaine d’ici à 2030, en termes de théorie fondamentale, de technologies et d’applications. Elle a fixé des objectifs spécifiques à atteindre tous les cinq ans et elle a annoncé des moyens colossaux pour aider les universités, les incubateurs et les startups à développer leur expertise dans l’IA.

La Chine dispose pourtant déjà d’entreprises parmi les plus avancées dans le monde dans ce domaine. iFlytek, entreprise cotée à la Bourse de Shenzhen, est en pointe dans le traitement de la voix et de la reconnaissance vocale. Quant à Baidu, considéré comme le Google chinois, sa technologie de reconnaissance d’images est réputée plus précise que celle de son puissant rival américain.

Comme nous sommes appelés à vivre a priori dans le même monde que les grandes et moyennes puissances de tous les continents, nous ne pouvons pas en Afrique nous contenter de regarder de loin ce qu’elles font.

Melv Le Sage

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