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Guerre en Ukraine: un mois après le début de l’invasion russe, ou en est le conflit ?

Il y a un mois jour pour jour, le 24 février 2022, Vladimir Poutine annonçait au cours d’un discours guerrier le lancement d’une «opération militaire spéciale» en Ukraine, ouvrant la voie à une invasion du pays.

Un mois après le début des combats, c’est le scénario d’une guerre longue qui se profile.

Etat des lieux d’une guerre que l’Europe et le monde suivent, en retenant leur souffle.

Au 23 mars 2022, l’armée russe ne contrôle qu’une petite partie du territoire ukrainien. Déployées au nord-est du pays, les troupes de Vladimir Poutine ont pour l’instant échoué à prendre les villes de Tchernihib, Samy et Kharkiv.

La capitale, Kiev, est menacée au nord-ouest et à l’est mais l’avancée russe semble au point mort. Le commandement russe est en train de «remplacer les attaques directes par un siège d’artillerie», indique dans son bulletin du 23 mars l’ancien colonel et spécialiste militaire Michel Goya. Le but, «maintenir la capitale à portée de canon».

Fait notable, «les contre-attaques ukrainiennes se multiplient» à l’ouest de Kiev. «On peut se demander si les forces ukrainiennes ne sont pas en train de prendre l’initiative opérationnelle», interroge l’expert.

La situation au sud est plus favorable aux Russes. L’armée a pris le contrôle d’un territoire situé au-dessus de la Crimée annexée en 2014 et s’est emparée de Kherson, seule grande ville ukrainienne entièrement aux mains des Russes. Bombardée depuis des semaines, Marioupol n’est pas encore tombée. La prise de cette ville permettrait aux Russes d’opérer la jonction entre les régions séparatistes du Donbass et la Crimée. Vers Odessa (à l’ouest), et Zaporijia (au nord), la progression semble interrompue.

Les efforts russes se poursuivent dans la région du Donbass, contrôlée en partie par les séparatistes pro-russes, notamment en direction de la ville de Severodonetsk.

De l’avis de tous les experts militaires, Vladimir Poutine n’a pas eu les résultats escomptés. La guerre éclair visant à prendre Kiev pour renverser le régime «néonazi» de Volodymyr Zelensky n’a pas eu lieu.

Sous-estimation de la résistance ukrainienne, problèmes logistiques, défauts de commandement, manque de coordination entre forces aériennes et terrestres, soldats démoralisés… Les raisons sont nombreuses pour expliquer les difficultés rencontrées par l’armée russe.

Malgré une supériorité numérique flagrante – 120.000 soldats russes sont déployés en Ukraine – , les troupes russes s’enlisent sur presque tous les fronts et subissent des pertes notables.

Selon des sources du renseignement américain citées par le New York Times, les Russes auraient perdu plus de 7.000 soldats en un mois. Le tabloïd russe Komsomolskaya Pravd, réputé proche du Kremlin, a même avancé le chiffre de 10.000 morts, avant de retirer l’information. Le gouvernement ukrainien évoquait de son côté 15.300 morts au 22 mars.

Les gradés ne seraient pas épargnés. Selon Michel Goya, «cinq généraux et trois commandants de régiments (un poste qui serait occupé par un général de brigade en France) ont été tués».

En manque de victoires décisives, Vladimir Poutine risque d’engager son armée dans une guerre d’usure. La résistance ukrainienne, loin de décourager le président russe, pourrait au contraire accentuer un peu plus la violence de l’offensive russe.

«Plus l’infanterie russe patine, plus l’armée monte en gamme dans la brutalité des actions et l’usage disproportionné de l’arme aérienne», a confié mercredi à l’Agence France-Presse une source européenne proche de l’Otan.

La situation à Marioupol laisse à penser que le commandement russe se dirige vers une guerre de siège, visant à terroriser la population civile pour forcer le gouvernement ennemi à négocier.

L’objectif de Moscou est toujours d’obtenir la «neutralité» et la «démilitarisation» de l’Ukraine. S’il a fini par «reconnaître» que son pays ne pourra pas adhérer à l’Otan, le président ukrainien Volodymyr Zelensky, qui s’exprimait hier en visioconférence devant le Parlement français, ne veut pas entendre parler de neutralité.

Etant donné que son pays ne peut intégrer l’alliance, «d’autres garanties de sécurité» sont nécessaires, a-t-il souligné le 21 mars. «Il y a des pays de l’Otan qui veulent être des garants de la sécurité (de l’Ukraine)», a-t-il ajouté, estimant que certains pays «sont prêts à faire tout ce que l’Alliance devrait faire si nous en étions membres. Et je pense que c’est un compromis normal». Pour rappel, le refus de l’Otan de graver dans le marbre la non-adhésion de l’Ukraine avait servi de motif à Vladimir Poutine pour envahir son voisin.

Au sujet de la reconnaissance de l’indépendance de la Crimée et du Donbass, réclamée par Moscou, Volodymyr Zelensky s’est dit prêt à discuter d’un «compromis» avec Vladimir Poutine en personne. Mais un éventuel accord devra être soumis à référendum, a-t-il prévenu. Dans l’état actuel des connaissances, Vladimir Poutine a ignoré l’invitation du président ukrainien.

Dans l’attente d’un accord, les sanctions occidentales continuent de viser la Russie pour mettre Vladimir Poutine sous pression. De nouvelles mesures devraient être annoncées cette semaine, alors que le président américain Joe Biden entame ce jeudi une tournée diplomatique en Europe à l’occasion des sommets de l’Otan, du G7 et de l’UE.

Les civils ne sont pas épargnés par la guerre, malgré les promesses russes de ne pas s’en prendre à eux. La situation est particulièrement critique à Marioupol. Plus de 100.000 hommes, femmes et enfants sont pris au piège sous une pluie de bombes russes, manquant d’eau, de nourriture et de soins. Une maternité, puis un théâtre où s’abritaient plus d’un millier de civils ont été bombardés. L’Union européenne a dénoncé «un crime de guerre majeur».

Il est difficile d’établir un bilan des pertes civiles. Selon un décompte de l’ONU dévoilé le 13 mars, 636 personnes ont péri et 1.125 ont été blessées depuis le début du conflit, un décompte «sans doute très inférieur à la réalité».

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